Mondial 2026 : nouvelles règles et confusion autour du VAR — la décision sur la simulation était-elle juste ?
Par OnzeActu · · 5 min de lecture

Le coup d'envoi du Mondial 2026 a livré des matchs attractifs mais aussi des incompréhensions autour des nouvelles règles. Retour sur l'intervention du VAR lors d'États-Unis–Paraguay, les pauses hydratation et la règle des cinq secondes aux touches.
Quatre matchs, trois cérémonies d'ouverture, des victoires pour deux pays hôtes et une performance remarquée lors d'un nul divertissant : malgré des polémiques sur les tarifs des billets et des incidents d'accès pour officiels et joueurs, le Mondial 2026 a bien démarré. La compétition va maintenant monter en intensité — onze jours consécutifs avec quatre rencontres, puis trois journées à six matchs — et les fans doivent aussi s'habituer à des changements de lois qui embrouillent parfois joueurs, staffs et téléspectateurs.
VAR, simulation et identité erronée : la même affaire, mais quel cadre ? Le cas le plus commenté est survenu en début de seconde période de la rencontre États-Unis–Paraguay. L'arbitre néerlandais Danny Makkelie a interrompu le jeu après qu'Antonee Robinson ait dégagé de la tête le ballon hors de sa surface. On a ensuite appris qu'il était envoyé au bord du terrain par le VAR espagnol Carlos del Cerro Grande pour revoir sa décision de sanctionner d'un carton jaune le capitaine américain Tim Ream pour une faute sur Miguel Almiron. Almiron n'avait pas été touché : Makkelie a finalement annulé le carton à Ream et l'a attribué à Almiron pour simulation.
Sur le principe, beaucoup ont salué l'intervention. Comme l'a résumé le consultant de la BBC Danny Murphy, « bien vu et, je le précise, la bonne décision. C'est l'essentiel. Toute adaptation des règles qui permet de sanctionner la simulation est positive. » Le geste semblait conforme à l'objectif de réduire les manœuvres antisportives.
Pourtant, la décision pourrait ne pas se fonder sur un cadre règlementaire clair. Selon le texte de l'International Football Association Board (Ifab), la procédure dite de « mistaken identity » (identification erronée) ne doit être appliquée que lorsqu'un arbitre a « clairement sanctionné le mauvais joueur » pour la même infraction — la nature de l'infraction ne peut, elle, être revue. Ici, on passe d'une faute à de la simulation : deux infractions différentes. Des sources bien informées ont indiqué à la BBC que la décision de Makkelie serait donc erronée, même si elle paraissait juste sur le moment. La FIFA n'a pas encore apporté de clarification publique.
L'ancien défenseur anglais Phil Jagielka soutient l'idée de sanctionner la simulation : « Je suis défenseur, donc ça ne me dérange pas. Si quelqu'un reçoit un carton alors qu'il n'a pas été touché, et que c'est une simulation, alors pourquoi ne pas revenir dessus ? Le problème, c'est la limite : si je te touche légèrement et que tu simules, où trace-t-on la ligne ? »
Le protocole VAR ajoute à la confusion. La revue a eu lieu après une reprise de jeu délibérée sur coup franc en faveur du Paraguay — or, selon le protocole, le VAR peut intervenir dans deux cas précis : l'identification erronée et certains faits passibles d'un carton rouge. Que se serait-il passé si le Paraguay avait marqué sur ce coup franc ? Par ailleurs, certains estiment que la reprise aurait dû se faire par une remise en jeu à la main (dropped ball) et non par un coup franc pour les États-Unis. La FIFA, visiblement encouragée par la réception positive du public à l'idée de sanctionner la simulation, semble pour l'instant valider la démarche, mais le flou demeure : une intervention par « procuration » de la loi, diront certains.

Trop d'ajustements ? Collina et l'effet de surcharge Le président de la commission des arbitres, Pierluigi Collina, a multiplié les ajustements et contrôles ces derniers mois — vérifications sur les corners, les coups francs, les seconds cartons jaunes, etc. L'intention est de réduire l'injustice, mais le résultat est parfois source de confusion opérationnelle pour les arbitres et le public.
Les pauses hydratation : utiles ou chronométrage publicitaire ? Autre nouveauté : les pauses hydratation obligatoires de trois minutes « quel que soit le climat », annoncées en décembre. Elles étaient surtout présentées comme une mesure de protection des joueurs, alors que la météo n'a pas été extrême sur la plupart des rencontres d'ouverture (la plupart autour de 20–26°C).
Graham Potter, alors entraîneur de West Ham lors d'un match du Summer Series, s'était montré dubitatif sur ces pauses : « Je ne comprends pas pourquoi il y a une pause eau. Je pensais qu'il n'y en aurait pas. » Mauricio Pochettino, avant la large victoire des États-Unis face au Paraguay, avait lui aussi fait part de son scepticisme : « Je n'aime pas ça. Je n'aime ça que quand les conditions sont extrêmes ; quand elles sont bonnes, ce n'est pas nécessaire. »
Les consignes d'Ifab autorisent toutefois l'usage d'appareils électroniques pendant ces arrêts « pour la sécurité ou pour des raisons tactiques », à condition qu'ils soient petits. Outre l'argument sanitaire, un autre motif est apparu : les diffuseurs profitent de ces plages pour insérer des pubs — Fox a même été critiqué pour ne pas être revenu à l'image avant la reprise du match d'ouverture Mexique–Afrique du Sud. Phil Jagielka résume l'ambivalence : « On joue maintenant comme en quatre périodes, c'est étrange. Ces trois minutes peuvent être énormes tactiquement ; un coach peut vraiment renverser une rencontre. »
Les touches accélérées : la règle des cinq secondes Les arbitres s'habituent aussi à faire le décompte pour les gardiens (règle des huit secondes) et aux nouvelles interventions sur les touches : la règle des cinq secondes pour les remises en jeu est appliquée pour accélérer le jeu. Exemple concret à Toronto : le latéral bosnien Sead Kolasinac a tardé sur une touche et l'arbitre argentin Facundo Tello a sifflé pour donner la remise à l'équipe locale, le Canada.
Bilan provisoire Au final, le Mondial 2026 propose des matchs plaisants et de nombreuses innovations réglementaires voulues pour protéger les joueurs et fluidifier le jeu. Mais l'accumulation de changements — et le manque de précisions sur certaines applications — crée des situations ambiguës qui peuvent nuire à la lisibilité des décisions arbitrales. Tant que la FIFA et l'Ifab n'éclairciront pas certains points, la confusion risque de perdurer malgré les bonnes intentions.